Faisons un bref retour de 5 ans en arrière: pas un seul journal télévisé n'ouvrait sans que le thème de l'insécurité ne soit à la une, sans qu'on ne nous abreuve d'images de voitures incendiées, d'agressions, de troubles dans les banlieues. En jouant à ce jeu dangereux, la droite, avec la complicité de beaucoup de médias, y compris le service "public" a fait le lit de Le Pen et contribué à sa présence au 2ème tour, honte pour notre pays.
A-t-elle au moins réglé le problème? Il semblerait puisqu'on n'en parle presque plus, surtout à la télévision. Les chiffres globaux de la délinquance semblent confirmer cette première impression, arguant d'une baisse de 9% des faits constatés de 2002 à 2006. La réalité sur le terrain est bien différente. Premièrement, les statistiques sont à manier avec prudence, puisqu'elles amalgament des faits de nature bien différente, depuis la fraude au RMI, le chèque sans provision jusqu'aux agressions contre les personnes ou la délinquance de voie publique. Deuxièmement, les statistiques officielles ne traduisent que les faits déclarés, faisant l'objet de plaintes de la part des victimes. Loin de moi l'idée de dire que l'on découragerait les victimes à déposer plainte. La culture du résultat, chère au ministre-candidat, pourrait certes favoriser cette tendance, ne serait-ce que pour éviter de se voir mettre au pilori quand on est le mauvais élève. Le problème vient plutôt de la perception de la part de l'opinion. On nous dit bien souvent que ça ne servirait à rien, que ça n'aboutira pas. Il est vrai que quand seuls 8% des vols de cyclomoteurs sont élucidés, ça n encourage pas à faire la démarche. Tout le monde ne peut pas bénéficier pour un vol de scooter d'une trentaine de policiers et de tests ADN! L'analyse plus fine est accablante pour le candidat officiel. Les violences contre les personnes sont passées de 362 175 faits en 2001 à 411 350 en 2005, soit plus 13,6% en 4 ans; d'août 2005 à juillet 2006, la hausse a même atteint 7,15%. On se rappellera aussi de l'automne 2005 où pendant 3 semaines les banlieues se sont enflammées. Cela venait naturellement de la crise sociale que subissent ces quartiers difficiles même si les propos irresponsables du Ministre de l'Intérieur ont mis le feu aux poudres. Quel est le vrai bilan de Sarkozy?
1. Celui qui se prend pour Napoléon et n'est même pas Joseph Fouché a pourtant été, pendant presque 5 ans, le "1er flic de France". Pendant ces années, il a multiplié les lois sécuritaires, attentatoires aux libertés publiques, mais parfaitement inutiles au regard de l'arsenal juridique déjà disponible.
2. Dans le même temps, il s'est bien gardé de renforcer les moyens humains et matériels de la police et de la justice. Il a en fait diminué les effectifs dans les quartiers sensibles au profit des beaux quartiers et démantelé la police de proximité dont la présence sur le terrain était pourtant indispensable pour jouer un rôle de prévention.
3. De même, les gouvernements de droite, au-delà des effets d'annonce de JL Borloo, a diminué les moyens de la politique de
la Ville , pourtant indispensables pour l'efficacité de la prévention.
4. Par ses propos sur le laxisme des magistrats, Sarkozy a affaibli la crédibilité de la justice. Inadmissible de la part d'un ministre en exercice. On frémit qu'un tel personnage puisse devenir dans quelques semaines "garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire".
5. Autre technique: le désengagement de l'Etat, en cherchant à transférer la responsabilité aux maires. C'est l'objet de sa dernière loi, dite de "prévention de la délinquance". Même les maires de droite, au sein de l'AMF, ont dénoncé ce jeu dangereux. Un exemple: la faculté laissée aux maires de créer un conseil des droits et devoirs des familles qui pourrait enclencher la mise sous tutelle des prestations familiales. Alors que seuls les travailleurs sociaux sont à même d'apprécier ces situations et les magistrats de décider en dernier ressort! Le maire est le pilier et le coordonnateur de la politique d'animation urbaine et de prévention. Mais il n'est ni un shérif, ni un juge, ni un travailleur social. Chacun son rôle et surtout que l'Etat assume ses fonctions régaliennes de protection des personnes et des biens.
Nous devons dénoncer cette politique et ses échecs. Ce sont bien souvent les plus modestes dans les quartiers qui souffrent le plus de ces phénomènes alors que le droit à la tranquillité publique est une liberté fondamentale. C'est bien à partir de l'analyse de cette politique injuste que notre candidate Ségolène ROYAL apporte un message nouveau, fondé sur la justice et la fermeté. C'est une politique globale qu'elle proposera aux Français, car la racine du mal est à rechercher dans le manque d'emplois, dans une urbanisation mal maîtrisée, dans la crise de la cellule familiale, dans l'insuffisance des moyens de l'école. La réponse doit être globale et reposer sur les deux piliers d'une vraie politique de sécurité:
1 La prévention, à travers toutes ses composantes de réponses éducatives.
2 La sanction, par l'application ferme des lois de
la République , ce qui exige des moyens renforcés pour la police et la justice et aussi une volonté de réinsertion des délinquants.
3 L'Education, dont les partenaires sont d'abord les parents et l'école. Cela passe aussi par une réelle volonté de renouveau de l'esprit civique. L'insertion dans la société sera favorisée par un service civique à définir. C'est un bien plus bel exemple à cet égard que de s'afficher aux côtés d'un Doc Gynéco dont les textes ne témoignent pas, c'est le moins qu'on puisse dire, d'un grand respect de la police.
En résumé, refusons la stigmatisation de certains quartiers, de certaines classes d'âge et d'abandonner les victimes de l'insécurité au désespoir et au vote pour l'extrême droite. Dans le même temps affirmons notre attachement à nos valeurs de justice, de tolérance mais aussi de fermeté quand les lois de
la République sont bafouées. Et dénonçons l'échec d'un homme qui s'est servi de sa fonction d'abord pour ses intérêts personnels et préparer sa conquête du pouvoir suprême. Nous défendons notre conception de
la République quand nous nous opposons à ses ambitions et dénonçons ses échecs et ses méthodes. Pour cela, seule Ségolène ROYAL porte l'espoir d'une société à la fois plus juste et plus sûre!
Philippe TARILLON
Maire de Florange